Depuis son ouverture au grand public en 2022, l’Intelligence Artificielle gĂ©nĂ©rative est devenue incontournable. Tous les mĂ©tiers sont impactĂ©s, et en particulier les mĂ©tiers liĂ©s au numĂ©rique. Le mĂ©tier d’acheteur public se retrouve lui aussi transformĂ© par cette innovation majeure. Comment ĂȘtre un acheteur responsable face Ă ce nouvel enjeu dont on mĂ©connaĂźt l’impact environnemental ? A quelles donnĂ©es se fier ? Voici quelques conseils pour vous aider Ă adopter des bonnes pratiques.
âL’Intelligence Artificielle gĂ©nĂ©rative : de quoi parle-t-on ?
La CNIL dĂ©finit l’IA gĂ©nĂ©rative comme l’ « ensemble des systĂšmes capables de crĂ©er des contenus (texte, code informatique, images, musique, audio, vidĂ©os, etc.). Lorsquâils permettent de rĂ©aliser un large Ă©ventail de tĂąches, ces systĂšmes peuvent ĂȘtre qualifiĂ©s de systĂšmes dâIA Ă usage gĂ©nĂ©ral. Câest par exemple le cas des systĂšmes intĂ©grant des grands modĂšles de langage (en anglais large language models ou LLM). Leur utilisation vise gĂ©nĂ©ralement Ă accroĂźtre la crĂ©ativitĂ© et la productivitĂ© des personnes qui les utilisent en leur permettant de gĂ©nĂ©rer de nouveaux contenus, mais aussi en analysant ou en retravaillant des contenus prĂ©existants (par exemple en proposant des rĂ©sumĂ©s, corrections ou traductions automatiques).«Â
âïžQuelles sont mes obligations ?
Deux obligations lĂ©gislatives peuvent ĂȘtre citĂ©es :
Tout d’abord, la loi Climat et RĂ©silience du 22 aout 2021 qui fixe un objectif de 100 % des marchĂ©s intĂ©grant une clause (condition dâexĂ©cution ou spĂ©cification technique) et un critĂšre sur le volet environnemental Ă partir du 22 aoĂ»t 2026. Une clause relative au volet social ou Ă l’emploi doit Ă©galement figurer sur les marchĂ©s dont le montant est supĂ©rieur aux seuils europĂ©ens (sauf exceptions).
Ensuite, la loi visant Ă rĂ©duire lâempreinte environnementale du numĂ©rique du 15 novembre 2021 (REEN) qui pose l’obligation pour les collectivitĂ©s de plus de 50 000 habitants de dĂ©finir une stratĂ©gie numĂ©rique responsable.
Cependant, l’arrivĂ©e de l’IA gĂ©nĂ©rative en 2022 n’ayant pas Ă©tĂ© anticipĂ©e par cette loi, un certain nombre de problĂ©matiques Ă©mergent du fait de la mĂ©connaissance de l’impact environnemental et de l’effet rebond que l’IA pourrait entraĂźner sur les consommations d’Ă©nergies et de ressources.
đQuels sont les enjeux de dĂ©veloppement durable liĂ©s Ă l’IA ?
Le numĂ©rique reprĂ©sentait en 2023 entre 3% et 4% des Ă©missions de gaz Ă effet de serre dans le monde selon l’Ă©tude de l’ADEME et de l’ARCEP. En France, 10% de notre Ă©lectricitĂ© y est consacrĂ©e, soit lâĂ©quivalent de la consommation de plus de huit millions de foyers, responsable de 2,5% des Ă©missions de GES du pays.
Comme le numérique de maniÚre générale, les IA sont consommatrices de ressources : électricité, métaux rares, eau et terres notamment.
âĄĂlectricitĂ©
D’aprĂšs l’ADEME, les centres de donnĂ©es reprĂ©sentaient 46% des Ă©missions de GES du numĂ©rique en 2022. Et demain ?
Selon les projections de lâAgence internationale de lâĂ©nergie (AIE), la consommation en Ă©lectricitĂ© des centres de donnĂ©es reprĂ©sentant 1,5% de la consommation mondiale en Ă©lectricitĂ© (415 TWh) en 2025 pourrait doubler d’ici 2030. Elle atteindrait des niveaux comparables Ă la consommation Ă©lectrique du Japon aujourd’hui. L’IA serait le principal responsable de cette augmentation, qui aurait des effets non nĂ©gligeables sur la consommation d’Ă©mission de GES. Cette hausse sâexpliquerait, par lâexplosion des besoins en puissance de calcul et en IA (effet rebond).
L’Ă©tude publiĂ©e par The Shift Project fait des estimations encore plus alarmantes. Selon elle, « la consommation Ă©lectrique pourrait Ă©voluer de 530 TWh en 2023 Ă 1490 TWh en 2030 (et 3000 TWh en 2035) dans le cas dâun dĂ©ploiement massif de lâoffre de calcul et de lâadoption gĂ©nĂ©ralisĂ©e de lâoffre de services pour lâensemble des usages : hĂ©bergement de sites web, services cloud, vidĂ©o Ă la demande, jeux en ligne, rĂ©seaux sociaux, stockage, traitement de donnĂ©es dâentreprise, intelligence artificielle dont gĂ©nĂ©rative, cryptomonnaies. » Ainsi, en 2035, les centres de donnĂ©es pourraient reprĂ©senter jusquâĂ un quart du supplĂ©ment dâĂ©lectricitĂ© consommĂ©e par rapport Ă 2020. Cette consommation nâayant pas Ă©tĂ© anticipĂ©e aujourdâhui, les impacts sur la consommation Ă©lectrique d’une demande intense et rapide seraient importants avec des risques de congestion et de tension sur les grilles Ă©lectriques, et plus globalement, un recul de la dĂ©carbonatation de l’Ă©lectricitĂ©.
đ MĂ©taux rares
Le dĂ©veloppement de lâIA entraĂźne une augmentation de la demande de mĂ©taux rares. Parmi eux, le cuivre, nĂ©cessaire dans la constitution des composants Ă©lectroniques utilisĂ©s dans les centres de donnĂ©es. Selon la Banque de France, ces besoins accrus viennent renforcer la forte hausse de la demande de cuivre liĂ©e Ă la transition Ă©nergĂ©tique, accentuant les dĂ©sĂ©quilibres sur ce marchĂ©, avec des risques pour la stabilitĂ© financiĂšre pour la chaĂźne dâapprovisionnement.
đ§Eau
Le CESE rappelle dans un rapport l’impact de l’IA sur la consommation d’eau. En effet, on estime que le refroidissement annuel d’un centre de donnĂ©es nĂ©cessite l’Ă©quivalent de 2500 piscines olympiques. Selon ce mĂȘme rapport, « les systĂšmes dâIA pourraient consommer en 2027 entre 4,2 et 6,6 milliards de mĂštres cubes dâeau, soit une consommation lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă celle du Danemark et Ă©quivalente Ă la moitiĂ© de celle du Royaume-Uni.«Â
đłEspaces artificialisĂ©s
Le CESE introduit Ă©galement la question de l’implantation des projets de centres de donnĂ©es, qui nĂ©cessitent de l’espace. Dans le cadre de l’objectif de zĂ©ro artificialisation nette, les pouvoirs publics devront veiller Ă lâutilisation de sites dĂ©jĂ artificialisĂ©s.
â ïž Sans oublier les impacts sociaux/sociĂ©taux de l’IA qui pose des questions Ă©thiques : conditions de travail des « dataworkers », accroissement du nombre de cyberattaques, discriminations algorithmiques, spoliation des droits d’auteur dans les mĂ©tiers crĂ©atifs, protection et souverainetĂ© des donnĂ©es, dĂ©pendance aux ressources (mĂ©taux, eau, Ă©lectricitĂ©) qui peut entraĂźner des ruptures de service, etc.
đ€ Comment acheter des solutions d’IA responsables ? Quels conseils ?
đŁïžDĂ©finition du besoin
Avant de solliciter l’IA, certaines questions peuvent ĂȘtre posĂ©es :
- Est-ce que l’IA est nĂ©cessaire pour rĂ©pondre Ă mon besoin ? Quelles sont les solutions alternatives ?
- En prenant en compte les retombĂ©es environnementales et sociales, quelle est la valeur ajoutĂ©e de l’IA dans la rĂ©ponse Ă mon besoin ?
- Dans le cas spĂ©cifique des solutions d’IA au service du dĂ©veloppement durable : est-ce que des effets rebonds sont Ă anticiper ?
Si l’usage de l’IA se justifie dans votre contexte, il s’agira de choisir un service dimensionnĂ© au regard de votre besoin. Vous pouvez vous demander :
- Quel type et quelle taille de modÚle est adapté ?
- Quel volume de donnĂ©es utilisĂ©e pour l’apprentissage et combien d’entraĂźnements/entraĂźnements sont nĂ©cessaires ?
- OĂč est hĂ©bergĂ©e ma solution d’IA ?
đSourçage
Des questions liĂ©es Ă lâachat responsable de solutions IA doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©es dĂšs la phase de sourçage. Pour vous aider Ă dĂ©finir des niveaux d’exigences pouvant ĂȘtre intĂ©grĂ©s dans les clauses et critĂšres de votre marchĂ©, la Fiche pratique pour l’Achat Responsable des solutions IA publiĂ©e par la Direction des Achats de l’Etat (DAE), le Commissariat GĂ©nĂ©ral au DĂ©veloppement Durable (CGDD) et la Mission InterministĂ©rielle NumĂ©rique Ăcoresponsable (MiNumEco) propose en annexe une grille de questions pour les Ă©changes prĂ©alables avec les dĂ©veloppeurs et Ă©diteurs de solution IA, les distributeurs et intĂ©grateurs de services basĂ©s sur l’IA et les hĂ©bergeurs de plateformes d’IA (p. 23-38). Cette grille de questions intĂšgre les enjeux Ă©thiques, sociaux et d’Ă©coconception et de traçabilitĂ© sociale des chaĂźnes de production.
La DAE rappelle qu’il est cependant important dâĂȘtre raisonnable dans le nombre de sollicitations, notamment auprĂšs des petits fournisseurs pour lesquels ces Ă©changes peuvent ĂȘtre trĂšs consommateurs de temps. En fonction de votre situation, il s’agit de sĂ©lectionner et dâadapter les questions pertinentes parmi les exemples citĂ©s.
đ§Parangonnage/Benchmark
Pour vous aider dans votre Parangonnage/Benchmark, vous pouvez rechercher des solutions d’IA dĂ©veloppĂ©es au niveau national. Vous pouvez d’ores et dĂ©jĂ consulter les solutions rĂ©fĂ©rencĂ©es par la DINUM.
Par ailleurs, un rĂ©fĂ©rentiel gĂ©nĂ©ral dâĂ©coconception des services numĂ©riques Ă destination des concepteurs de services numĂ©riques, y compris des services utilisant lâIA a Ă©tĂ© mis en place. Il propose une mĂ©thode pour sâassurer que le service opĂ©rationnel ou en cours de conception sâinscrit dans une dĂ©marche dâĂ©coconception. A cela, s’ajoute le rĂ©fĂ©rentiel gĂ©nĂ©ral pour lâIA frugale de lâAFNOR en partenariat avec lâEcolab qui dĂ©finit les mĂ©thodologies de calcul et les bonnes pratiques pour concevoir et utiliser lâIA de maniĂšre sobre et efficace, en minimisant son impact environnemental.
Voici quelques RETEX pouvant vous intĂ©resser sur l’achat de solutions d’IA :
- La Ville de Metz avec l’achat d’une solution de comptage des dĂ©chets dans les rues đTĂ©moignage disponible sur leWebinaire des InterconnectĂ©s dĂ©diĂ© Ă la question.
- La Ville de Bordeaux avec l’achat d’une solution IA pour Ă©valuer la plantabilitĂ© des espaces đArticle disponible sur le site de la Banque des Territoire.
- La CommunautĂ© de Communes de l’Ăle de RĂ© avec l’achat de d’une solution de traitement des vues aĂ©riennes par IA pour le suivi de la transition Ă©cologique (consommation fonciĂšre, artificialisation, panneaux solaires, etc.) đPlus d’informations sur le site de la CommunautĂ© de Communes.
đ§°Quelles ressources pour m’accompagner ?
âïž RĂ©diger mon marchĂ©
Dans la Fiche pratique pour l’Achat Responsable des solutions IA, vous trouverez des exemples de rĂ©daction de considĂ©rations environnementales Ă intĂ©grer dans vos CCAP et CCTP (p.39-44).
Dans le CCAP, vous pourrez intĂ©grer des clauses sur la formation et sensibilisation des Ă©quipes de dĂ©veloppement aux enjeux du numĂ©rique responsable ; la transparence sur l’empreinte environnementale ; l’Ă©valuation du rapport bĂ©nĂ©fice/coĂ»ts environnementaux de l’IA ; le respect des normes environnementales et d’anticipation des Ă©volutions ; la responsabilitĂ© sociale et Ă©thique de l’IA.
Dans le CCTP, vous pourrez intĂ©grer des clauses sur la dĂ©claration de l’impact environnemental des solution d’IA ; la transparence sur la frĂ©quence de rĂ©-entraĂźnement de l’IA ; l’adaptation de la complexitĂ© des modĂšles d’IA ; la gestion des donnĂ©es pour l’IA ; la transparence sur la localisation des centres de donnĂ©es mobilisĂ©s.
đžAller plus loin :
- InterconnectĂ©s, Webinaire – IA durable dans les territoires : Ă©valuer, maĂźtriser et partager vos projets (2025)
- Agence Internationale de l’Energie, Energie et IA(2025) :
- The Shift Project, IA, données, calculs : quelles infrastructures dans un monde décarboné ? (2025)
- MiNumEco, RĂ©fĂ©rentiel gĂ©nĂ©ral d’Ă©coconception de services numĂ©riques (RGESN) (2024)
- DAE et al, Guide des Achats Numériques Responsables (2021)
- MiNumEco, Podcast sur l’IA (2025) qui dĂ©veloppent les questions sociales et environnementales dĂ©veloppĂ©es
- Et n’oubliez pas le Guichet Vert ! Votre RĂ©seau RĂ©gional est toujours lĂ pour rĂ©pondre Ă vos interrogations. N’hĂ©sitez pas Ă nous solliciter sur vos projets d’achats de solutions d’IA :