Ce mois de septembre 2026, nous étions présentes à deux journées thématiques qui nous ont permis de prendre de la hauteur sur les défis environnementaux à venir en région Nouvelle-Aquitaine. Retour sur deux journées riches en échanges.
- La journĂ©e « Adapter la Nouvelle-Aquitaine aux effets du changement climatique, aujourdâhui et demain : le bĂąti » – Jeudi 10 septembre
- La journĂ©e « 10 ans du rĂ©seau RECITA : Rencontre RĂ©gionale Ăconomie Circulaire » – Mardi 22 septembre

đ„đĄïžJournĂ©e « Adapter la Nouvelle-Aquitaine aux effets du changement climatique, aujourdâhui et demain : le bĂąti » – Jeudi 10 septembre
A l’initiative de la RĂ©gion Nouvelle-Aquitaine, ODEYS organisait, le 10 septembre dernier, une journĂ©e rĂ©gionale pour passer du constat aux leviers d’action sur le sujet de l’adaptation du bĂąti aux effets du changement climatique. DestinĂ©e aux Ă©lus, aux experts et aux porteurs d’opĂ©rations, cette journĂ©e a permis de se rencontrer, d’Ă©changer et d’arbitrer sur un sujet de plus en plus urgent. En effet, 2050 n’est plus une Ă©chĂ©ance lointaine de prospective. Les dĂ©cisions prises aujourd’hui (un PLU, un programme de rĂ©novation, un concours de MOE) engagent les usages sur trente ans.
Le bĂąti face au changement climatique : quels enjeux ?
AprĂšs une introduction dâAlain Rousset, le prĂ©sident dâACCLIMATERRA et chercheur au CNRS Didier Swingedouw, a rappelĂ© la problĂ©matique de la journĂ©e « Quels risques le changement climatique fait-il peser sur le bĂąti ?  » en apportant des premiers Ă©lĂ©ments de rĂ©ponses.
L’Ă©tĂ© 2026 a Ă©tĂ© marquĂ© par des tempĂ©ratures supĂ©rieures de 10 degrĂ©s aux moyennes habituelles. D’aprĂšs les experts, les vagues de chaleur seront de plus en plus longues, intenses et prĂ©coces dans les annĂ©es Ă venir. Le bĂąti est directement concernĂ© par les changements climatiques et nous sommes amenĂ©s de maniĂšre croissante Ă nous interroger sur l’isolation des bĂątiments, les ilots de chaleur, les risques pour les travailleurs du BTP, le retrait-gonflement des argiles, les inondations liĂ©es aux prĂ©cipitations et les submersions liĂ©es Ă l’Ă©lĂ©vation du niveau marin, les feux de forĂȘt et les destructions d’habitations qu’ils peuvent engendrer, etc.
Le chercheur Andy Smith a ensuite prĂ©sentĂ© une enquĂȘte menĂ©e sur l’industrie du bĂątiment et les Ă©cueils associĂ©s aux nouvelles normes thermiques. Cette recherche montre que la norme RE2020 a bousculĂ© la filiĂšre. Cependant, les changements ne sont pas aussi ambitieux que prĂ©vu au dĂ©part et relĂšvent parfois davantage de l’attĂ©nuation du changement climatique que de l’adaptation Ă celui-ci.
Retours d’expĂ©rience et exemples d’adaptation
Pourtant, les solutions d’adaptation existent ! Pour en tĂ©moigner, Emmanuel Renard, vice-prĂ©sident Ă l’amĂ©nagement de la CommunautĂ© urbaine de Caen Ă©tait prĂ©sent en visioconfĂ©rence. En 2023, la collectivitĂ© envisageait la construction d’un Ă©coquartier sur la presquâĂźle de Caen. Cependant, Ă la suite de la publication du dernier rapport du GIEC au printemps 2023 qui Ă©voquait une Ă©lĂ©vation possible dâun mĂštre du niveau de la mer dâici 2100, le projet a Ă©tĂ© mis en pause.
Depuis, les porteurs du projet imaginent une nouvelle façon dâoccuper le territoire, et prĂ©voient la fin de vie des bĂątiments. La collectivitĂ© a insistĂ© sur l’importance de changer de grille de lecture, de rĂ©flĂ©chir sur diffĂ©rentes Ă©chelles spatiales et temporelles : entre aujourd’hui et 2100, il n’y a que 13 mandatures ! L’objectif est de repĂ©rer des zones sur lesquelles rĂ©aliser des constructions Ă durĂ©e de vie limitĂ©e, facilement dĂ©constructibles. La dĂ©construction commencera en 2050, pour progressivement « laisser l’eau dessiner un parc maritime ». Ce choix devrait permettre d’amortir l’Ă©lĂ©vation du niveau de la mer, mais les dĂ©fis restent nombreux, Ă l’image de la question de la salinisation des nappes phrĂ©atiques liĂ©e Ă l’Ă©lĂ©vation du niveau de la mer.
La journĂ©e s’est poursuivie avec une table-ronde portant sur les constats et enseignements Ă tirer des consĂ©quences des Ă©pisodes de chaleur sur les bĂątiments. Autour de la table, Ă©taient prĂ©sents l’Ordre des architectes, des professionnels du bĂątiment, des collectivitĂ©s et le bailleur social Habitat Sud Atlantique (HSA).
Le dĂ©fi consiste Ă intĂ©grer le confort dâĂ©tĂ©, dans un mĂ©tier oĂč lâon avait davantage lâhabitude de sâintĂ©resser au confort dâhiver. Lâutilisation de matĂ©riaux biosourcĂ©s peut ĂȘtre une piste intĂ©ressante, mais une rĂ©flexion doit Ă©galement ĂȘtre menĂ©e sur la place du logement dans son environnement au sens large : un bĂątiment isolĂ© dans un environnement entiĂšrement bitumĂ© sera davantage exposĂ© Ă la chaleur. La protection des abords du bĂątiment peut passer par la vĂ©gĂ©talisation, lâutilisation de matĂ©riaux spĂ©cifiques, des albĂ©dos, des voiles dâombrage, des tonnelles, des prĂ©aux, des filtres, des coursives, etc.
L’architecture du bĂątiment doit Ă©galement ĂȘtre pensĂ©e pour :
- créer un bouclier solaire (maßtrise du ratio de vitrage, ventilation abondante sous couverture, protection des vitrages) ;
- rĂ©guler lâhygromĂ©trie avec des matĂ©riaux dits « hygroscopiques » en finitions, cloisons et parois (terre crue, pierre, chaux, fibres vĂ©gĂ©tales) ;
- ventiler naturellement avec force (hauteur sous plafond, ouvrants performants) ;
- déphaser les apports thermiques et assurer une forte inertie intérieure (finitions en terre crue, pierre, chaux, terre cuite).
La recherche dâun Ă©quilibre Ă©conomique entre le coĂ»t, la durabilitĂ© et lâefficacitĂ© reprĂ©sente Ă©galement une problĂ©matique constante pour les maĂźtrises dâouvrage.
Comme rappelĂ© lors de cette table ronde : « La chaleur nâest plus un Ă©vĂ©nement, câest un rĂ©gime. »
â»ïžđȘš 10 ans du rĂ©seau RECITA : Rencontre RĂ©gionale Ăconomie Circulaire – Mardi 22 septembre
LancĂ© il y a 10 ans, le rĂ©seau RECITA nâa cessĂ© de sâĂ©largir au fil des annĂ©es. Il rĂ©unit aujourdâhui plus de1 500 organisations, avec 200 projets rĂ©fĂ©rencĂ©s et plus de 200 actualitĂ©s publiĂ©es chaque annĂ©e. Lâorganisation de cette journĂ©e a permis dâĂ©changer avec les techniciens de la filiĂšre, de dĂ©couvrir des retours dâexpĂ©rience inspirants (notamment via le prix des initiatives circulaires) et dâenvisager des solutions concrĂštes au service de lâĂ©conomie circulaire.
AprĂšs un mot dâouverture de JĂ©rĂŽme Guillem (dĂ©lĂ©guĂ© rĂ©gional Ă lâĂ©conomie circulaire), de Marie Kerouedan (directrice de Soltena) et de Marie-Lise Baraud (chargĂ©e de mission Ăconomie circulaire), la journĂ©e a dĂ©butĂ© par la prĂ©sentation des dispositifs dâaccompagnement de lâADEME, de la RĂ©gion et de la DREAL sur le territoire nĂ©o-aquitain.
Présentation des dispositifs et des initiatives inspirantes
Lâobjectif qui arrive en premier est celui des achats responsables ! En effet, lâĂ©conomie circulaire, ça commence par lĂ : les achats responsables permettent de rĂ©duire lâempreinte matiĂšre des achats et de sĂ©curiser les approvisionnements. Ă ce titre, lâassociation 3AR accompagne les acheteurs publics sur le territoire, tandis que la CCI et lâADI accompagnent les acheteurs privĂ©s Ă travers diffĂ©rents parcours.
Mais lâachat nâest quâune brique de lâĂ©conomie circulaire : lâĂ©coconception, lâĂ©conomie de la fonctionnalitĂ© et de la coopĂ©ration (EFC), lâĂ©conomie industrielle de territoire (EIT), la prĂ©vention et la gestion des dĂ©chets constituent Ă©galement des leviers pour favoriser la circularitĂ© des consommations.
La journĂ©e s’est enchaĂźnĂ©e par le pitchs des laurĂ©ats du prix des initiatives circulaires. Pour dĂ©couvrir les projets, rendez-vous sur le site de RECITA.
Parmi eux, on retrouve un adhĂ©rent Ă l’association 3AR : la CommunautĂ© dâAgglomĂ©ration Pau BĂ©arn PyrĂ©nĂ©es, avec la dĂ©construction intĂ©grale dâun bĂątiment situĂ© en zone dâactivitĂ©. Au total, 90 % des matĂ©riaux du bĂątiment ont Ă©tĂ© rĂ©employĂ©s (47 types de matĂ©riaux de second Ćuvre dĂ©construits, 30 tonnes dâacier). Un challenge pour les architectes et une opĂ©ration qui a permis la montĂ©e en compĂ©tence collective dâun ensemble dâacteurs (collectivitĂ©, Ă©tablissement foncier local, association IDRE, entreprises locales, bureaux dâĂ©tudes, etc.).

FOCUS : Circularité des ressources critiques
La journĂ©e sâest poursuivie par une sĂ©quence dĂ©diĂ©e Ă la circularitĂ© des ressources critiques.
Mathieu Leguérinel, économiste des ressources minérales et expert du BRGM/Ofremi, a partagé des constats éloquents :
- Entre 1970 et 2016, du fait de la numĂ©risation de notre sociĂ©tĂ©, la demande en ressources minĂ©rales a explosĂ© : on utilise quasiment lâintĂ©gralitĂ© du tableau pĂ©riodique des Ă©lĂ©ments.
- La consommation des terres rares a été multipliée par 14 en 50 ans.
- Les chaßnes de valeur sont de plus en plus complexes et créent des dépendances avec les pays les mieux dotés en ressources minérales.
- La transition Ă©cologique et la transition numĂ©rique reposent sur les mĂȘmes mĂ©taux, ce qui risque dâaccroĂźtre les tensions gĂ©opolitiques mondiales.
- La production est inĂ©galement rĂ©partie dans le monde. Il y a souvent un ou deux pays en situation de quasi-monopole (ex. : la RDC produit les trois quarts du cobalt dans le monde), et certains pays se distinguent particuliĂšrement (Chine, Afrique du Sud, BrĂ©sil). En Europe et en Afrique, les mines sont sous-explorĂ©es et lâon prĂ©fĂšre Ă©tendre des mines dĂ©jĂ existantes dans dâautres pays (lâouverture dâune mine peut durer de 15 Ă 20 ans).
Alors, que faire sur le long terme ? Deux voies sâoffrent Ă nous :
- lâidentification de nouveaux gisements par la mise en Ćuvre de nouveaux concepts dâexploration : câest le parti pris du Critical Raw Materials Act, qui impose aux pays de lâUE la relance des inventaires de ressources minĂ©rales ;
- la mise en Ćuvre de lâĂ©conomie circulaire.
Les deux pistes apparaissent complémentaires et, sur le territoire néo-aquitain, de nombreuses filiÚres sont concernées : aéronautique, spatiale, défense, mécanique, navale, nautisme, construction, etc.
La matinĂ©e sâest terminĂ©e par une table ronde autour de la circularitĂ© des ressources critiques, avec Renaud Barrail (Safran Helicopter Engines), Karine Fabre (VoltĂ©o), StĂ©phane Pardonnet (ENVIE 2Ăšme Aquitaine et Poitou-Charentes) et Nicolas Perry (ENSAM Bordeaux).
- ENVIE sâest spĂ©cialisĂ©e dans le rĂ©emploi des panneaux photovoltaĂŻques. ConfrontĂ©e Ă la concurrence chinoise, ENVIE a rĂ©orientĂ© sa production vers le recyclage des produits contenus dans les panneaux solaires. Toutefois, ces produits sont particuliĂšrement complexes Ă rĂ©cupĂ©rer et il a fallu beaucoup de recherche et dĂ©veloppement pour trouver des processus satisfaisants (ex. : sur le verre). Il a Ă©galement fallu mener un travail important de sensibilisation de la filiĂšre pour favoriser lâĂ©coconception des panneaux solaires.
- VoltĂ©o a consacrĂ© son activitĂ© au rĂ©emploi de batteries au lithium (de type batteries de vĂ©los Ă©lectriques). MalgrĂ© la grande conviction des porteurs de projet, lâarrivĂ©e sur le marchĂ© des batteries chinoises a eu raison du modĂšle Ă©conomique de la structure. Il sâagit aujourdâhui de travailler sur des batteries plus spĂ©cifiques, en gardant cette approche dâĂ©conomie circulaire.
- Le chercheur Nicolas Perry a mis lâaccent sur la capacitĂ© Ă discuter en amont avec les personnes qui conçoivent les produits afin que celles-ci adoptent une approche dâĂ©coconception. Il appelle Ă former les futurs ingĂ©nieurs Ă penser la fin de vie des produits dĂšs leur conception.
La journĂ©e sâest ensuite poursuivie par des ateliers participatifs qui ont permis de mettre en Ă©vidence diffĂ©rents aspects de lâĂ©conomie circulaire (changement des comportements, Ă©coconception, rĂ©emploi, coopĂ©ration, gaspillage alimentaire, etc.).